Métro, boulot, sténo
REMETTRE LA procrastination A DEMAIN
A la fois ours et animal social, moi, j’ai besoin autant de lien que de solitude. J’ai la nécessité de changer d’air régulièrement, d’être en émulation avec d’autres artistes pour l’envie, l’inspiration, pour créer. Sans compter que le fait de voir les autres travailler vient titiller mon sentiment de culpabilité supplantant alors ma nature profonde à la procrastination.
Une longue année de résidence d’écriture ? merci le covid
Pas vraiment. En cette période de pandémie, les lieux d’écriture et plus généralement d’échange ont été fermés et l’on a pu maintenir un lien indispensable avec les autres. Or l’artiste même solitaire a besoin de se nourrir des rencontres, d’expérience, de la société… Pour moi, et je sais que beaucoup ont exprimer la même chose, j’ai eu la sensation de rabougrir artistique et socialement. À se demander si le manque d’interaction n’est pas le germe d’une agonie artistique.
Se créer des opportunités
L’expérience a été si concluante qu’on a recommencé.
Simple comme toujours ?
Et pourtant, cette fois la mayonnaise a pris. J’ai pris de grands plaisirs à écrire, autant qu’à vivre avec eux. Seul reproche, la frappe frénétique de Jean Krug sur son clavier d’ordinateur qui venait taper de manière métronomique notre mauvaise conscience à Prisca et à moi. (Nous restait au choix d’écrire ou de le détester. Et ceux qui le connaissent savent qu’il n’est pas facile de détester Jean).
Une journée type pour une activité atypique

L’après-midi était également studieuse, l’essentiel du mouvement se limitant à savoir si on écrit dehors ou dedans (en fonction du vent ou du soleil), les pauses eau chaude ou comme moi la déambulation nécessaire pour débloquer une phrase ou une idée.
Peu de mots entre nous encore, comme si nous les réservions pour nos écrits ou les conversations du midi ou du soir.
Je sais que, si pour ma part, j’avais en général une baisse de régime dans l’après-midi, le créneau 17h30-19h était curieusement très productif.
Qui a le plus gros EGO ?

Le chant des glaces
Premier roman de science fiction de Jean Krug à l’écriture fine et ciselé comme la glace
Je crois que cela a commencé sur un simple incident. Prisca découvrant qu’il manquait un barreau à l’assise de sa chaise, ce qui n’était pas mon cas. Nous avons ri, cherchant à y trouver un lien direct avec nos statuts d’auteur. Rire qui a redoublé en voyant que Jean était quant à lui assis sur un banc !
Il ne nous en a pas fallu plus pour nous amuser de la situation et profiter pour tailler le portait de Jean. Et sous prétexte qu’il venait de sortir son roman « Le chant des glaces » (que je recommande vivement !), et que cela le mettait un peu mal à l’aise, nous l’avons régulièrement croqué en auteur « parisien » à succès. Une caricature qui s’est inscrite dans le temps après l’anecdote du « Jean Krug moi, moi moi ! »
Dois-je écrire cette anecdote ? Je pense qu’il va m’en vouloir. Pourtant cela nous a tellement surpris (et permis un grand nombre de fous rires).
Je remets le contexte, nous sommes dans la pièce centrale, autour de la grande table, chacun sur nos ordinateurs. Prisca, cherchant à caractériser un de ses personnages, a fait appel à notre œil extérieur. Elle évoque à ce moment-là une connaissance commune. Jean propose alors : « Le charisme silencieux ». (Petit jeu pour nos proches, découvrir de qui il s’agit)
Le temps se suspend. Nous tombons d’accord pour dire que c’est une belle définition. Aussitôt, Prisca et moi faisons mine de le taper sur notre ordinateur. Jean sur-le-champ se précipite sur son clavier en criant : « Jean Krug ! Moi, moi moi ! »
Je ne sais pas ce qui nous a fait le plus rire, que Jean puisse clamer son nom en entier, la course à celui écrit le premier (comme si cela l’inscrivait dans le marbre), ou cette soudaine frénésie collective autour de deux mots. Sans doute tout ça et bien d‘autres choses encore
Pour finir, nous nous sommes mis d’accord que cette expression se retrouverait dans nos trois prochains romans.
Une Fin ?
(Au moins à cette chronique)
Bref des résidences très très studieuses et très productives (nombre de chapitres pour nous trois auront vu le jour lors de ces deux résidences). Alors que nous avons emmené des jeux, que tous trois escrimeurs, nous aurions pu faire quelques passes d’armes. Nous nous sommes « contenter » d’écrire, de retrouver une vie artistique et sociale en traçant quelques chapitres pour nos livres, et nous-mêmes.
Le droit (a la parole) d’auteur
Puisque j’avais la chance d’avoir des auteurs sous la main, je leur ait demandé entre deux résidences un petit témoignage :
Quand on a commencé à parler d’une Résidence d’écriture, ma première réaction était « oh trop cool ! ». Je n’en avais jamais fait et j’étais très curieuse de ce que ça pouvait m’apporter. Quand la date s’est rapprochée, mon cri d’enthousiasme initial est devenu un « mais dans quoi je m’embarque moi ?! ». M’évader à la campagne avec deux auteurs confirmés dans le seul but d’écrire ? L’idée me semblait de plus en plus folle… Et pourtant ! Quasiment deux chapitres en moins de cinq jours ! ça faisait longtemps que je n’avais pas été aussi efficace et ça m’a aidé à me replonger dans un rythme d’écriture plus soutenu. La vraie question, maintenant, c’est « Quand est-ce qu’on recommence » ?! »
Résumer en cinq lignes une résidence d’autrice/auteur de quatre jours, il fallait oser. Condenser en cinq lignes ces journées ensoleillées, ces mélanges astucieusement dosés d’écriture solitaire et d’instants partagés, en ces temps où le partage, plus qu’une joie, devient nécessité. Réduire à cinq lignes, le plaisir de cette première expérience, des calligraphies raturées au coin d’une cheminée, des matelas trop mous, des araignées nomades et gourmandes, des plats improvisés et finement mitonnés, des glyphes de froid tracés sur un papier glacé, de ces histoires polaires consignées et contées, au pied d’un mur de pierres, d’une horde de jonquilles, et d’une tasse de café.
Impossible de résumer tout cela. Vraiment impossible.